Hebdomadaire d’information et de réflexion - Burkina-Faso
Bendré – septembre 2010
mercredi 4 juin 2008, par Bendré
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La société de téléphonie mobile Telecel Faso est dans une zone de turbulence. La sérénité de façade qui permettait à la société de tenir la tête hors de l’eau malgré la bataille judiciaire qui oppose depuis belle lurette ses principaux actionnaires semble n’être qu’un souvenir. Et pour cause, le courant ne passe plus entre les délégués du personnel et Madame l’Administrateur provisoire Françoise Toé. Affectations « arbitraires », menaces de grèves et de licenciements …Telle est l’ambiance qui caractérise actuellement Telecel Faso. Ce fleuron de l’économie qui, à travers un de ses slogans invite ses clients à parler sans compter, s’est –il décidé à “compter” ses jours ?
Par Bangba Nikiéma
Telecel Faso est l’un des trois réseaux cellulaires qui occupe le marché de la téléphonie mobile au Faso. Mais contrairement à ses concurrents qui semblent évoluer dans un climat de confiance et d’entente entre leurs promoteurs respectifs, Telecel Faso est un abonné des tribunaux judiciaires du pays. En effet, depuis 2005, les principaux actionnaires de la société que sont Atlantique Télécom et Planor Afrique sont engagés dans une bataille judiciaire pour le contrôle des actions et partant, de la société.
Pour rappel, il convient de noter que le groupe Atlantique est un important groupe privé africain qui est présent dans les secteurs financiers (banque, assurance), agro-industriels, alimentaires et dans les télécommunications mobiles. Atlantique Télécom est présent dans plusieurs pays africains. Quant au groupe Planor Afrique S.A, c’est un holding fondé en mars 2004 par l’homme d’affaires Burkinabè, Apollinaire Compaoré et qui réunit les anciennes sociétés de l’ex groupe Burkina Moto. Ce groupe exerce ses activités dans le secteur financier (établissements de crédit et d’assurances), dans les télécommunications (téléphonie mobile au Niger, en Côte d’Ivoire avec Loteny-Télécel, au Burkina avec Telecel Faso et les services ISP) ; le groupe Planor intervient aussi dans le secteur du négoce et de l’industrie (les produits pétroliers, les cycles et cyclomoteurs, les produits cosmétiques, le tabac, le thé etc). Comme partenaires de Planor, on cite Phillip Morris, Seita, Bridgestone, CFAO et Bolloré.
Feuilleton judiciaire à rebondissements
L’affaire Telecel Faso est un feuilleton aux multiples rebondissements. Tantôt, les juges tranchent en faveur du groupe Atlantique Telécom (A.T), filiale de ETISALAT contre Planor Afrique, tantôt en faveur de Planor et contre AT.
Après le départ de l’ancien Directeur Général Ahmed Mamadou Cissé accusé d’avoir exercé une mauvaise gestion, la société a été mise sous administration judiciaire dans la nuit du 19 au 20 août 2005 suite à une décision de justice. Cette même décision de justice nommait M. Adama Zèba, expert-comptable du cabinet CAFEK-K en qualité d’administrateur provisoire de Telecel Faso. Après la fin de la mission de M. Zèba, la société a eu deux directeurs généraux avant de retomber dans l’administration provisoire. L’experte comptable Françoise Toé est depuis janvier 2008 l’Administrateur provisoire de l’entreprise.
En dépit de ces combats de gladiateurs des partenaires et l’instabilité managériale au sommet, le réseau réussissait la prouesse de maintenir, voire d’accroître ses performances sur le marché hautement concurrentiel de la téléphonie mobile.
Comme si de rien n’était, la société inondait les espaces médiatiques avec ses nouveaux produits et ses initiatives de marketing innovantes. Ce qui lui a permis sans doute de recruter de nouveaux clients et d’étendre ses zones de couverture. La société aurait même enregistré une croissance exceptionnelle de son chiffre d’affaires au cours de ces deux dernières années.
Au regard de ces performances qui ont placé la société parmi les meilleures du pays, les travailleurs ont estimé être en droit de revendiquer un certain nombre d’avantages, une sorte d’équité dans le partage des fruits de la croissance.
Le personnel a élaboré à cet effet une plate forme revendicative en 25 points à l’issue d’une assemblée générale ordinaire tenue le 23 novembre 2007 à l’initiative des délégués du personnel. Il y est question de la mise en place d’un plan de carrière, l’instauration des bonus par direction, l’octroi de crédit immobilier ou la signature de partenariat avec des sociétés en vue de faciliter l’accès à l’immobilier, l’instauration d’une prime de fin d’année, etc.
Cette plateforme était en souffrance dans les tiroirs de l’Administration provisoire au grand dam des employés qui étaient à bout de souffle. Mme Toé qui avait initialement marqué sa disponibilité pour son examen diligent se serait rétractée par la suite au motif que l’administration provisoire serait incompétente pour la prise de grandes décisions à en croire les délégués.
C’est dans ce climat d’anxiété qu’est intervenue l’affectation de deux cadres : le directeur des ressources humaines, Omar Bonkoungou, et le directeur technique, Claude Millogo. Ces deux employés ont été affectés respectivement comme responsable à la sécurité et conseiller technique auprès de l’administrateur judiciaire provisoire, Françoise Toé.
Ces affectations ont été qualifiées « d’arbitraires » par les intéressés, leurs collègues et les délégués du personnel. Ces derniers auraient tenté de comprendre en approchant l’administration provisoire. Chose que celle-ci balaie d’un revers de la main estimant que sa décision est irrévocable. Mme Toé pose comme « préalable » à tout dialogue, le retrait du point sur les affectations.
Les délégués quant à eux refusent de cautionner cette « stratégie managériale divisionniste » consistant à opérer des affectations arbitraires et à créer de nouveaux postes. Le 26 mai 2008 dernier, le personnel a tenu une assemblée générale au siège de la société pour protester contre les agissements du patronat.
Le jeudi 29 mai, les délégués du personnel ont donné une conférence de presse à la Bourse du travail pour exiger « l’arrêt des menaces de licenciement et les décisions arbitraires, la satisfaction de la plate forme revendicative. »
Les délégués ont confié à la presse que « Mme l’Administrateur provisoire entretient un climat de peur ».
Qui menace qui ?
Mais qui menace qui ? Est –on en droit de s’interroger au regard des arguments avancés par les principaux protagonistes. Les délégués déclarent que Mme Toé « fait peur » au personnel. Pour justifier ses affectations, l’Administrateur confie elle aussi qu’elle a été « menacée ». Le « décagnotage » des deux cadres aurait donc été guidé par l’instinct de conservation. Ce serait donc dans le but de se protéger à en croire celle qui dirige la boîte.
Mais d’où vient-elle, cette menace ? Des employés qui se battent pour recouvrer la sérénité et la quiétude ? Des rebondissements interminables du feuilleton judiciaire ou des fins limiers de l’inspection d’Etat qui tiendraient à voir clair dans l’émission d’un chèque barré de 65 millions qui a pu ou qui aurait pu porter préjudice au compte du Trésor public ? Question.
En attendant d’éventuelles réponses à ces questions, il ne fait aucun doute que le nouveau front de combat qui vient de s’ouvrir à l’interne entre les employés et l’administration provisoire, ajouté aux avatars de la bataille judiciaire entre les actionnaires risquent fort de porter préjudice au fonctionnement de la société qui, évolue dans un monde hautement concurrentiel et dynamique.
Telecel Faso voudrait-elle se saborder en se tirant une balle dans le pied ? En tout cas, cette société qui semble en apparence être jusque là au mieux de sa forme risque de « compter » ses jours si rien n’est fait !!! Car à moins d’un véritable sursaut messianique, le bras de fer engagé ne s’arrêtera pas de si tôt ; vu les menaces de grèves et de…licenciements en série qui pointent à l’horizon.