Hebdomadaire d’information et de réflexion - Burkina-Faso
Bendré – septembre 2010
mercredi 3 décembre 2008, par Bendré
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La visite officielle de Blaise Compaoré en France aura finalement fait plus de bruit qu’elle n’aurait due. On sait que le président du Burkina Faso a été reçu une petite demi heure par son homologue français, essentiellement, selon des sources officielles, pour évoquer les élections à venir en Côte d’Ivoire et s’assurer de la meilleure “coopération bilatérale” entre les deux pays. Pas de quoi déranger Nicolas Sarkozy pendant plus longtemps, d’autant que cette visite à l’Élysée du président du Faso promettait de faire grand bruit. Ce lundi 17 novembre, sur la place du Trocadero à Paris, plusieurs associations dénonçaient la visite de Blaise Compaoré à Paris et notamment, “la caution politique qu’apporte Nicolas Sarkozy au régime de Blaise Compaoré en recevant ce dernier à l’Elysée”. L’association Survie, qui appelait à ce rassemblement constitué d’une centaine de personnes, réclamait le “respect des droits humains, la lutte contre l’impunité et l’organisation d’élections libres et transparentes” au Burkina. Une mobilisation qui fait suite aux révélations du sénateur libérien Prince Johnson sur l’implication de Blaise Compaoré dans l’assassinat prémédité de Thomas Sankara. Mariam Sankara, veuve du défunt président, a d’ailleurs pour l’occasion adressé une lettre ouverte au président Sarkozy, lui intimant de faire pression sur son homologue burkinabè pour mettre fin à l’impunité (lire ci-dessous).
Dès lors, pas étonnant que l’attention de la presse française ait été retenue par les déclarations de Blaise Compaoré à l’encontre de la Justice internationale. Car c’est un Tribunal pénal international que réclament désormais une trentaine d’organisations pour juger Blaise Compaoré. “Nos organisations dénoncent la caution politique qu’apporte Nicolas Sarkozy au régime de Blaise Compaoré qui doit aujourd’hui répondre devant le Tribunal Pénal International, aux côtés de l’ancien seigneur de guerre libérien Charles Taylor, de ses nombreux crimes économiques et de sang” ont elles déclarées dans un communiqué commun. Une affaire qui semble prise au sérieux par le principal intéressé puisqu’il s’est empressé de contester l’essence même de ces Tribunaux internationaux. Ainsi, au sortir de son entretien avec Nicolas Sarkozy, ce mercredi 19 novembre, le Président burkinabé a indiqué à l’Agence France presse qu’il trouvait “légitime” les critiques exprimées par certains pays africains à l’encontre de la justice internationale ou des procédures lancées contre leurs ressortissants par des magistrats occidentaux.
“Légitime colère”
“C’est une colère, je crois, légitime parce que si l’Afrique adhère à la justice internationale, elle souhaite que cette justice soit surtout un instrument de coopération, de collaboration, et non un instrument qui semble se dresser avant tout contre les Africains et qui fait fi de la souveraineté des Etats”, a déclaré Blaise Compaoré. Le Président a également insisté pour “éviter que cette justice internationale soit une jungle où chaque juge d’un pays souverain puisse inculper telle ou telle personne sans coopération, sans entraide” en réponse à une question sur l’extradition en France d’une responsable rwandaise mise en cause dans une enquête française sur l’attentat qui a coûté la vie au président rwandais Juvenal Habyarimana en 1994.
Certes, il est toujours humiliant pour les peuples qu’un pays étranger vienne excercer la justice sur ses ressortissants. Le Tribunal pénal international est constamment soumis à de vives réactions de la part des peuples, que ce soit au Rwanda, ou d’importantes manifestations ont dénoncé le jugement en France de Rose Kabuye, la responsable du protocole de l’actuel chef de l’Etat rwandais Paul Kagamé ou auparavant, du yougoslave Slobodan Milosevic. Il est également vrai que plusieurs procédures en cours concernent des pays africains. Mais loin d’être un acharnement, il s’agit d’un continent où, force est de le reconnaitre, les meurtres politiques et les génocides sont encore d’actualité. Il est donc mal aisé de qualifier la justice internationale d’instrument occidentale quand sa nature même est de juger ce type de crime, au dessus des pays. Il fallait alors contester l’existence de la Cour pénale internationale lors de sa création en 2002. Mais tant qu’il sera difficile d’imaginer que la justice soudanaise traduise son président Omar el-Béchir pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour ou que la justice du Faso ait les moyens techniques ou démocratiques de se prononcer sur l’assassinat de Norbert Zongo, de Thomas Sankara ou sur l’implication du Burkina dans la guerre du Libéria, l’instance pénale internationale continuera à démontrer sa raison d’être. Portée en cela par les opinions publiques. En France, ces dernières savent désormais que Mariam Sankara a écrit à Nicolas Sarkozy que Blaise Compaoré a “érigé l’impunité en système de gouvernement” et “cherche aujourd’hui une réhabilitation internationale que des rencontres comme celle-ci lui donnent”. On ignore en revanche si le président français a écouté la veuve qui lui implorait d’“exiger de votre encombrant hôte de me laisser accéder à la justice militaire”. Mais dans tous les cas, la Justice internationale reste une garantie des droits des peuples et de l’Homme. Ce que ne peut ignorer Blaise Compaoré. Réduire son action à un outil de pénétration occidentale revient à contester le souhait de droits humains applicables par tous. Ce qui n’est à ce jour pas le cas du Burkina. Il n’y a pour l’heure que des coupables pour contester la légitimité de leurs juges.
Lettre ouverte de Mariam Sankara à Nicolas Sarkozy
“Monsieur le Président,
La République Française va recevoir avec tous les honneurs Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso, le 18 novembre 2008.
Monsieur Blaise COMPAORE est arrivé au pouvoir, le 15 octobre 1987, à la suite d’un terrible bain de sang qui a causé la mort de mon époux Thomas SANKARA ainsi que douze de ses compagnons. Des mêmes suites, certains militaires avaient été sauvagement assassinés, d’autres torturés et brûlés aux camps de Koudougou et de Kamboinsin.
Thomas SANKARA était un homme qui oeuvrait pour le développement du Burkina Faso et le bien être de son peuple. Mais méritait-il ce triste sort (son assassinat était un acte inédit au Burkina Faso) qui ne m’a pas permis, ainsi qu’à sa famille de voir son corps, de veiller sa dépouille et de lui donner une sépulture digne. Et pour achever cet acte d’une cruauté sans nom, il m’avait été remis un certificat de décès précisant que mon mari – le Président Thomas SANKARA – était mort de mort naturelle.
Avec ce qui me restait de courage, j’ai entrepris à la limite de la prescription, une action judiciaire pour la justice et la vérité. Monsieur Blaise COMPAORE, ayant une justice aux ordres, a étouffé toutes les voies de droit que j’explorais. Interdisant même à son Ministre de la Défense d’ordonner l’ordre de poursuite devant les Tribunaux Militaires.
Ayant épuisé toutes les voies de recours internes au Burkina Faso, et devant le refus de ce pouvoir de me faire justice, j’ai alors saisi le Comité des Droits de l’Homme, le Burkina Faso ayant ratifié le pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que le protocole facultatif entré en vigueur le 23 mars 1976. Il a été rendu à mon bénéfice deux décisions : une sur la recevabilité de ma communication et l’autre sur le fond. C’est en effet, lors de sa 86ème session tenue du 13 au 31 mars 2006 que le comité des Droits de l’Homme a rendu sa décision sur le fond, faisant ressortir des violations par le Burkina Faso des articles 7 et 14 paragraphe 1 du pacte. Le Burkina Faso devait donner, dans les 90 jours de la transmission des constatations du Comité, des informations sur les mesures prises pour y donner suite. Comme à son habitude Blaise COMPAORE, bernait le Comité des Droits de l’Homme en rectifiant à sa façon l’acte de décès de mon époux, en proposant une indemnité de 66231 euros 471 centimes, tout en oubliant de me montrer officiellement le lieu de sépulture de Thomas SANKARA. Mais l’Onu s’en est satisfait. Je n’ai jamais compris pourquoi on me demande en tant que victime d’accepter des indemnités et de pardonner, alors que les auteurs de ces crimes se promènent librement en toute impunité, alors même que par ailleurs de semblables criminels sont jugés comme l’est aujourd’hui Charles TAYLOR.
Monsieur le Président, Blaise COMPAORE est un prédateur qui a éliminé tous ceux qui lui faisaient de l’ombre. La liste, longue, est de notoriété publique. On se souvient encore de la mort du journaliste Norbert ZONGO assassiné et brûlé dans sa voiture, dont le dossier a été ‘’enterré’’ sans aucune autre forme de procès. Sous la gouvernance de Blaise COMPAORE, le Burkina Faso a été mis en cause par les experts de l’Onu dans le cadre du suivi des sanctions à l’encontre de l’UNITA en Angola, et du Front révolutionnaire de Sierra Léone notamment. Il a été impliqué aussi dans la déstabilisation de la Côte d’Ivoire… Ces dernières semaines, d’anciens compagnons de Charles TAYLOR (John TARNUE et Prince JOHNSON) ont mis en cause Monsieur Blaise COMPAORE dans l’assassinat de mon mari et de ses 12 compagnons le 15 octobre 1987. Mais Blaise COMPAORE n’en a cure. Ayant érigé l’impunité en système de gouvernement, Blaise COMPAORE cherche aujourd’hui une réhabilitation internationale que des rencontres comme celle-ci lui donnent.
Je suis une veuve qui ne pourra faire son deuil, que si justice est rendue à Thomas SANKARA. Ma soif de justice est la même que celle des autres veuves comme Madame ERIGNAC, Madame BORREL qui ont reçu votre indéfectible soutien. Monsieur le Président, vous êtes aussi un homme de robe, qui avait placé la justice au centre du serment d’Avocat et de Président. Il serait alors souhaitable, que vous puissiez exiger de votre encombrant hôte, de me laisser accéder à la justice militaire dont l’action ne peut être déclanchée que sur ordre de poursuite de son Ministre de la Défense. La réconciliation et le pardon sont à ce prix.
En vous remerciant d’avance de votre soutien transcendant la logique politique, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma haute et respectueuse considération.
Mercredi 12 novembre 2008
Mariam SANKARA