Hebdomadaire d’information et de réflexion - Burkina-Faso - Bendré

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Bendré – septembre 2010


Lettre à Norbert Zongo

lundi 8 février 2010, par Bendré

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Cher H.S.

Le Burkina politique est en branle dans la perspective de l’élection présidentielle de novembre 2010. Le gouvernement a procédé à quelques retouches du code électoral dans le sens de lui apporter des améliorations et des possibilités d’application. Lesdites retouches ont été adoptées par l’Assemblée nationale au cours de sa première session extraordinaire de 2010.
Ce qui a véritablement changé c’est que le nouveau code électoral adopté le 25 janvier a exclu l’extrait d’acte de naissance, l’ancienne carte d’identité, le livret de famille, la carte de famille pour la justification de l’identité de l’électeur. Seules la Carte nationale d’identité burkinabè (CNIB) et la carte d’identité militaire sont autorisées. Autrement dit, désormais pour s’inscrire sur la liste électorale et pour voter, il faut une CNIB.
Pour le gouvernement, la fiabilité de ces documents ne fait aucun doute. Cependant, à titre transitoire, l’extrait d’acte de naissance ou de jugement supplétif d’acte de naissance peut être utilisé pour s’inscrire sur la liste électorale, quitte à l’électeur d’établir sa CNIB pour pouvoir voter.
Et comme si le gouvernement s’est rendu compte à l’approche des scrutins de la nécessité de doter les Burkinabè de pièces d’état civil et d’identification, il a entrepris une vaste campagne d’établissement gratuit d’acte de naissance depuis 2009. Cette opération prendra fin en principe le 10 février, si elle n’est pas prolongée. Le coût de la CNIB a été ramené de 2500 à 500 F CFA. Ces actions se déroulent bien sur le terrain selon leur initiateur. Le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Clément Sawadogo a même brandi un taux d’établissement d’acte de naissance de 70%. Ce chiffre a suscité une réaction vive des députés à l’hémicycle pendant la session consacrée à ce dossier. Même des députés du parti majoritaire qui disent avoir été sur le terrain n’ont pas partagé cet optimisme du ministre. Et ce dernier de dire que les 70% représente les résultats de la plupart des mairies et préfectures, ce qui n’exclut pas que d’autres parties du Burkina soient en deçà de ce chiffre et même en deçà de la moyenne.

La modification du code électoral visait aussi les voies et moyens pour rendre applicable certaines dispositions comme le vote des Burkinabè de l’étranger. Si cette loi a été votée en 2009, il reste que les conditions juridiques ne sont pas remplies pour la rendre effective en 2010. Entre autres, la loi reste silencieuse sur les démembrements de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en dehors du territoire burkinabé, le lieu de la tenue du vote à l’étranger. Il y a aussi, selon le ministre, la situation socio-politique dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, qui ne permet pas de mobiliser la diaspora burkinabè pour une opération de vote en toute sécurité.
Au-delà de toute cette modification, je voudrais cher ami, attirer ton attention sur l’établissement gratuit des actes de naissance qui est lancé dans une période électorale et la disposition transitoire qui permet de s’inscrire sur la liste électorale avec ce document en attendant d’avoir sa CNIB pour l’opération de vote. Sur cette base et en considérant le taux de réussite de l’opération à 70%, on peut supposer que ceux qui ont eu leur document d’état civil pourront s’inscrire sur la liste électorale. Cependant, ces inscrits pourront -ils avoir leur CNIB en temps opportun ? Ces cartes ne vont-elles pas se retrouver dans des mains indélicates ? Là est la question. Et pourquoi c’est la période électorale que le gouvernement choisit pour une telle opération ? Cette opération est-elle innocente ? Je n’en suis pas sûr.

J’ai lu sur Jeuneafrique.com à propos de Blaise Compaoré que : " Malgré quelques sérieuses turbulences, notamment lors des manifestations contre la vie chère en 2008, sa réélection fin 2010 est acquise. Il bénéficie de la prime au sortant, de l’appareil d’Etat, d’un parti structuré et surtout des divisions de l’opposition, privée de moyens et mal impliqués dans le pays. Avant même qu’il n’entame son dernier quinquennat, ses troupes préparent l’après 2010 et une probable réforme de l’actuelle constitution, qui limite le nombre de mandats ".
Pendant que le parti au pouvoir se rassure de sa victoire avec ses atouts, l’opposition, même avec son chef de file de l’opposition, n’a pas encore défini une stratégie commune de conquête du pouvoir d’Etat. Chacun s’exprime sur la question au nom du parti. Le Parti de la renaissance nationale (PAREN), a lui publié une déclaration dans laquelle il appelle à un candidat unique de l’opposition. Constatant, le cadre normatif et institutionnel actuel, la présidente du PAREN, Jeanne Traoré, conclut : " Face à une telle situation, l’opposition burkinabè, dans sa forme organisationnelle actuelle, ne servira que de faire valoir aux prochaines élections présidentielles si elle s’entête à y participer en rangs dispersés comme ce fut le cas en 2005 ". La question est de savoir si les leaders des partis de l’opposition accepteront de mettre de côté leur égo pour s’asseoir et désigner de façon objective ce candidat. Le Cadre de concertation des partis de l’opposition (CPO) était face à la presse la semaine écoulée. Animé principalement par Emile Paré, ce point de presse fut l’occasion pour lui de tirer à boulet rouge sur le parti au pouvoir. Quand tes confères ont voulu savoir la position du CPO sur une candidature unique, ils se sont entendu dire que la question n’a pas encore fait l’objet de discussion.
Mais par-dessus-tout, c’est le chef de file de l’opposition, Me Bénéwendé Stanislas Sankara qui est attendu sur cette question. On l’a vu au cours de la semaine écoulée auprès du Président du Faso et du Premier ministre à l’occasion de l’inauguration de la gare routière internationale de Bobo-Dioulasso. Cette cohabitation est la mise en application du statut du chef de file de l’opposition qui stipule que le chef de file prend place dans le protocole d’Etat lors des cérémonies officielles. Maintenant qu’il peut représenter l’opposition à ces cérémonies, conformément aux textes, il doit dévoiler ses propositions pour l’élection présidentielle de 2010 auprès de ses camarades.

Par ton ami Kouma Fola Kan de Bendré.

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