Hebdomadaire d’information et de réflexion - Burkina-Faso
Bendré – septembre 2010
lundi 8 février 2010, par Bendré
Toutes les versions de cet article :
Pour une fois, on dit que :… ! Le poste de directeur général ou assimilé des établissements publics de l’Etat et des sociétés dont l’Etat détient la majorité du capital, est désormais soumis à une procédure de candidature. Le Conseil des ministres en sa séance du 27 janvier en a décidé ainsi. S’il y a bien des décisions qui suscitent des débats du point de vue de leur intérêt, plutôt public, c’est bien ceux relatifs aux postes de DG de la SONABHY, la SONABEL et autres.
L’idée du gouvernement, selon notre entendement, c’est d’instaurer ce système qui tend à hiérarchiser et à promouvoir les individus dans la société burkinabé en fonction de leur mérite et non d’une origine sociale, de la richesse ou des relations individuelles. Ce qu’on appelle la " méritocratie ". Il s’agit de mettre à la tête des établissements publics, des leaders capables de " doper " ces établissements, de les rendre compétitifs et productifs. Il s’agit enfin, dans la logique, de cultiver l’excellence et la performance dans un monde où la médiocrité n’a produit que ses effets que tout le monde n’ignore.
Jusqu’à présent, être directeur général des établissements publics, des sociétés où l’Etat est majoritaire, est une simple récompense partisane et des gens se " prostituent " ou font des mille et une courbettes pour être invités à la table des seigneurs. Dès lors, et en toute conséquence, les préoccupations premières des détenteurs de ces postes, ne sont rien d’autres que vouer loyauté à ceux grâce à qui ou par qui, ils sont hissés là. Il en est de même pour les responsables des projets et programmes sous tutelle de l’Etat.
Or, dans un système fondé sur le mérite, les nominations ne dépendent pas de la politique ou du jeu des influences. Il y a plutôt un concours dans le cadre duquel on évalue les candidats à la lumière de critères liés aux exigences du poste et ceux-ci sont mus par l’obsession de la réussite et des résultats.
Dans le système actuel de notre pays, l’on est en parfaite harmonie avec cet adage qui dit que " on est toujours assis à la place qu’on mérite, le paradoxe c’est que les meilleures places ne sont pas toujours occupées par les plus méritants ". Les établissements publics, les projets et programmes sous tutelle de l’Etat, etc., dans leur majorité, sont dans une léthargie du fait de la logique managériale de leurs premiers responsables qui se voient souvent promus à un niveau encore supérieur malgré les soupçons et les accusations pour comportement irresponsable. Ainsi les établissements finissent par être des carrefours des pratiques peu orthodoxes et intolérables : corruption, détournements, gabegie. Ces établissements, à défaut d’être les moteurs et des exemples de performance et de croissance, sont plutôt en général des boîtes qui engloutissent le budget national ; reflétant l’image d’une fonction publique où tout semble permis. La faute à un favoritisme politique qui ne cesse d’affaiblir la légitimité du secteur public.
Les choses évoluent et les citoyens, las des errements dans la conduite des affaires de l’Etat, des gestions opaques et scandaleuses de l’argent et des biens publics, souhaitent de plus en plus, une meilleure gestion dans l’appareil gouvernemental, un gouvernement plus efficace et plus responsable et plus transparent. La plupart des démocraties, sinon toutes, prennent en compte cette mesure du principe du mérite dans le processus de nomination et dans l’accès à l’emploi public. Le Burkina Faso se veut démocratique !!!
On peut donc, légitimement espérer que la décision du gouvernement, concernant la nomination des DG des établissements publics, contribuera à faire marcher les choses autrement. On ose croire que certaines habitudes " mafieuses " et favoritistes prendront fin. Celles selon lesquelles, être militant de tel parti politique suffit pour promouvoir la personne à la tête de n’importe quel établissement public ; celles selon lesquelles, un diplôme prestigieux suffit pour promouvoir son titulaire à la tête de n’importe quelle entreprise pour peu que cette personne accepte de " collaborer ".
Dans tous les cas, si le gouvernement entend bien révolutionner les habitudes dans les établissements publics, il devrait aller jusqu’au bout de sa logique pour éviter que sa décision ne soit uniquement des verba et des discours du " m’as-tu vu ". Et cela, à l’exemple de ce qui se passe dans la passation des marchés publics ; lesquels marchés reviennent toujours aux parents ou parentés politiques malgré les promesses de transparence et d’égalité entre les citoyens car il n’y a pas d’évaluateur indépendant chargé de surveiller les marchés.
Autrement dit, la mesure est très appréciable dans ses principes, cependant, on est en droit de rester prudent pour ne pas dire dubitatif, car l’histoire montre que nos gouvernements vont rarement au bout de la logique de leurs bonnes intentions. Or, toute proportion gardée, notre société n’a plus droit à l’erreur car, nous avons de réels défis à relever. Continuer de confier nos rêves les plus nobles et les plus urgents à des citoyens sans scrupules, c’est encore décrocher, et toujours décrocher davantage par rapport à des victoires certaines !
Par Bendré